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2H14, de David Paquet

  • Gaëlle Cabau
  • 14 juin 2023
  • 3 min de lecture

Petite lecture matinale avec un texte de David Paquet, auteur découvert avec Le Poids des fourmis.


Dans 2H14, David Paquet explore ce moment charnière où l'on cherche sa place dans le monde des adultes.


On suit quatre jeunes et leur professeur cherchant le bonheur à travers des moyens inédits :

Denis est prof de français. Il est au bord du burn-out. Plus que l'inconséquence de ses élèves, ce sont leurs boutons qu'il ne supporte plus. Un jour, il se rend compte qu'il a en permanence un goût de sable dans la bouche. C'est le signe de prendre des vacances.

DENIS : J'ai commencé mon bilan pendant les exposés oraux de mes étudiants. Déjà, ma première erreur sautait aux yeux : j'étais devenu prof. De français, en plus ! Faut-tu être assez cave ! j'aime aucune de mes tâches. Les exposés oraux, par exemple... ça fait quinze ans que je me tape les mêmes sujets : "pour ou contre les antidépresseurs", "pour ou contre les drogues douces", "pour ou contre l'euthanasie"... C'est pas compliqué : après trente exposés, je suis pour les trois.

Katrina a frappé son professeur d'anglais qui lui avait dit : "Today, we learn !". Parce que son père hait sa mère, que sa mère hait son père et qu'elle les hait tous les deux, Katrina se fait tatouer une panthère noire, aussi sombre et dangereuse qu'elle.

KATRINA : Un matin comme tous les autres... Arrivée chez ma psy, j'ai dit : "Tu veux savoir ce que j'en pense de l'école, du futur, de l'amour, de la famille pis de la vie ? Tiens ? C'est ça que j'en pense !" Pis j'ai levé mon chandail. "Je pense que la seule façon de survivre, c'est d'être plus noire que ce qui nous entoure. Comme ça, personne ne nous remarque. C'est pour ça que je me suis fait tatouer une panthère."

Berthier est le premier de la classe. Un jour, il se rend compte que les filles ne sont pas allergiques à lui mais juste pas intéressées. Il décide alors de se faire passer pour un aveugle.

BERTHIER : Tout le monde a déjà frenché. Sauf moi. J'ai demandé à ma mère si elle croyait que j'allais avoir une blonde un jour. Elle a répondu...

LA MÈRE DE BERTHIER : Dans la vie, il y a les beaux garçons et les garçons intelligents. Toi, t'es un premier de classe !

BERTHIER : J'ai demandé à mon père s'il croyait que j'allais avoir une blonde un jour. Il m'a répondu...

LE PERE DE BERTHIER : Inquiète-toi pas avec ça, mon gars. Tonds le gazon à la place.

Jade a essuyé 32887 insultes grossophobes. Elle avale des vers solitaires pour maigrir et tenter de réparer les blessures qu'elle a essuyées.

JADE : Trente-deux mille huit cent quatre-vingt-spet. C'est le nombre de fois que je me suis fait traiter de grosse. Je les ai notées dans un calepin. Dans seize calepins, en fait.

Insulte 1 : Grosse torche !

Insulte 2 : Grosse épaisse !

Insulte 3 : Grosse conne !

Insulte 4 : Grosse molle !

Insulte 5 : Grosse dégueu !

Insulte 6 : Grosse toute trempe !

Insulte 7 : Grosse toute sale !

Insulte 8 : Grosse pleine de jus !

François de son côté, S'interroge sur sa normalité et tente d'ouvrir des portes imaginaires.

FRANCOIS : Je suis dans la chambre d'hôpital de ma grand-mère... Toutes les portes disparaissent. ma grand-mère dort, comme d'habitude. J'entends une voix : "As-tu de la Vodka?" Je me retourne. Sur le lit à côté de ma grand-mère, il y a une autre grand-mère. "As-tu de la Vodka ? Trouve-moi de la vodka." Je lui dis que j'ai pas l'âge légal d'acheter de l'alcool. Elle me tend un billet de cinquante dollars. "À ton âge, quand on veut de la vodka, on trouve de la vodka." Puis elle me fait un clin d’œil en me disant de garder le change. Je décide de lui rendre service. J'aurais jamais dû. J'ouvre une porte...

Et puis il y a Charles, dont la mère se cache derrière un masque d'hirondelle et qui a arrêté toutes les horloges à 2H13.


Chaque parcours est fragmenté en une structure kaléidoscopique, qui amène le lecteur à se projeter dans chaque histoire. Il y a quelque chose de l'ordre du prisme, un peu comme dans le film Eléphant, de Gus Van Sant. Ici, comme dans le film du réalisateur américain, les pièces s'imbriquent lors du dénouement, un dénouement dramatique et déchirant qui invite à une relecture du texte.


Même si, pour moi, le texte est moins abouti que Le poids des fourmis, j'ai aimé que la pièce soit traversée d'échappées surréalistes. J'ai aussi aimé que le texte ose le mélange de la fantaisie, de l'alacrité acerbe et du drame.

Merci à la Librairie Théâtrale de m'avoir fait découvrir cette pièce.




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