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Elles disent... l'Odyssée, de Jean-Luc Largace

  • perceretdecouvrerome
  • 17 déc. 2023
  • 3 min de lecture

Aujourd'hui, un magnifique texte de Jean-Luc Largace, auteur déjà classique parmi les contemporains : Elles disent... l'Odyssée. J'ai découvert la pièce alors que je travaillais avec mes premières sur Juste la fin du monde, et j'ai immédiatement été séduite par le titre et ses énigmatiques points de suspension.


Dans cette réécriture des vingt-quatre chants d'homère, Télémaque est sur le départ. Un choeur de personnages féminins - Calypso, Circé, Nausicaa et Pénélope - attend le retour d'un homme, Ulysse, après une longue absence.


TÉLÉMAQUE - Agamemnon est mort; Hector, Achille aussi. Iphigénie est morte. Il y avait des soldats qui riaient et qui se cachaient derrière ceux qui pleuraient. Clytemnestre est seule. Hermione, Andromaque aussi. Hélène ne veut plus mourir. On dit qu'Ulysse revient en Ithaque aussi vite qu'il le peut.


Comme dans ses autres pièces - Je pense à J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne - le texte raconte l'attente et l'absence, mais aussi l'errance des héros.


PÉNÉLOPE - Tu pars cette nuit ! C'est une question d'heures. Une question de compagnons aussi : tu pars avec les derniers jeunes. Tu vas voir les princes et les rois de cette même guerre : tu vas prouver à tous les peuples figés autour de cette mer qui tu es... Est-ce que tu promets que tu reviendras le plus vitte possible ?

TÉLÉMAQUE - Bien sûr, je...

PÉNÉLOPE - Ne le promets pas. Ne promets pas de revenir vite, très vite !... Ne dis pas que je n'aurai pas le temps de te voir parti. Ne dis rien! Ne me demande surtout pas de t'attendre, de regarder sousvent sur la mer de l'autre côté des terrasses. (Un temps) Est-ce que je t'ai dit que j'avais peur ?


La langue de Lagarce a la grandeur de l'épopée. Elle convoque avec elle les éléments :  il y a la mer, le vent, des vieilles femmes, un marin sur la colline, et les navires qui accostent...


CIRCÉ - Tu n'as pas de souci à te faire. Tu peux reprendre ton voyage. Est-ce qu'on ne dit pas que je suis une sorcière aux mille pouvoirs ? Il suffira de presque rien, un effort de mon sourire pour transformer mon visage, pour faire de ma tristesse une joie et m'éloigner de ton absence. Il n'est pas bon, nous le savons tous deux, que les amants gardent uniquement le souvenir des larmes. À toi aussi, je jetterai un sort et tu te retourneras pour me lancer un dernier sourire et un geste de la main. Les dieux ne savent-ils pas toujours lieux que nous ce qui est bien et ce qui est mal ?

Il ne faut pas que tu restes plus longtemps dans ce pays. Tu me regardes trop souvent comme un homme fatigué regarde une femme qu'il connaît depuis des années. Nous avons déjà parfois des sourire d'habitudes qui doivent nous inquiéter. Tu dois d'abord descendre au royaume des morts et y interroger Tirésias, le devin aveugle qui te dira comment retrouver ta patrie d'Ithaque. Sur un vaisseau noir, tu feras un long voyage pour savoir enfin où tu vas, et tu sais tout aussi bien que moi que là encore, tu dois obéir.


Les femmes sont le coeur battant de cette réécriture. Elles disent la solitude. Pénélope est vieille et fatiguée, elle s’épuise à espérer un retour qui peut-être surviendra trop tard pour elle. Pour Calypso‚ pour Circé‚ le passage d’Ulysse a crée une brèche dans l’éternité mais le bonheur n’a pas été.


PÉNÉLOPE - Il ne faut pas me regarder. Il faut laisser les enfants raconter l'histoire belle et monstrueuse de l'épouse trop fidèle. Il faut laisser mon corps s'anéantir sous le soleil. Il faut me laisser m'oublier. Il faut que je perde tous les souvenirs et toutes les joies inutiles. Il ne faut plus me regarder. J'erre comme une pensée triste dans une cage balnche où plus personne ne vient. Je veux encore et toujours regarder les oiseaux, les entendre crier ma solitude. Il faut me laisser comme une vieille femme, comme un corps mort et trop lourd. Les enfants qui viendront parleront de Pénélope qui passa sa vie à tisser son linceul. Ils diront que cette femme jeune et jolie abandonna son visage aux années trop longues. ils direont qu'elle est l'Exemple et la Vertu, ils diront que toujours on gardera so image de femme fidèle. Les enfants riront avec le temps de ses peines et ils diront que cette histoire de lenteur se termina très bien... Que Pénélope, la femme du roi et du héros, retrouva Ulysse après vingt années d'absence.


Dans le sillage d'Ulysse, la vie se disperse‚ se rétrécit, se dissout lentement‚ très lentement.       




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