La maison de Bernada Alba, de Federico Garcia Lorca
- Gaëlle Cabau
- 5 avr. 2023
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juil. 2023

Hier soir, je me suis attaquée, sur un coup de tête, à La maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca. De lui, je ne connaissais que ses poèmes lus en espagnol et sa fin tragique. Je l’ai lu d’une traite. J’ai adoré.
À la mort de son second mari, Bernarda Alba impose à sa famille un deuil de huit ans et l’isolement à ses filles, comme l’exige la tradition andalouse en ces années 1930.
La pièce s’ouvre sur des dialogues savoureux, souvent acerbes et parfois comiques, où il est question de la place de la femme dans la société.
BERNARDA : À l'église, les femmes ne doivent regarder d'autre homme que l'officiant, et encore parce qu'il porte des jupes. Tourner la tête, c'est chercher la chaleur du mâle.
L'art de Garcia Lorca réside dans sa façon de montrer que, derrière la violence faite aux femmes par une société machiste, se profile constamment la violence faite aux femmes par les femmes mêmes, les plus âgées s’attachant à faire subir aux plus jeunes ce qu’elles ont subi. C'est d'ailleurs la figure de la matriarche Bernarda, qui s’impose dans ce huis-clos de femmes.
BERNARDA : Va en chercher un autre, car tu en auras besoin. Pendant les huit ans que durera le deuil, l'air de la rue ne doit pas pénétrer dans cette maison. Dites-vous que j'ai muré les portes et les fenêtres. Comme on faisait chez mon père et chez mon grand-père. En attendant, vous pouvez vous mettre à broder vos trousseaux. Dans le coffre, j'ai vingt pièces de fil, où vous taillerez des draps avec leurs rabats. Magdalena les brodera.
Tout est dit de façon à la fois très brute, très réaliste et très poétique. C'est difficile à expliquer, mais par sa langue, la pièce a la beauté des vieux films en noir et blanc. Chacune des filles de Bernarda, silencieuse ou rebelle, murmure ainsi ses rêves et ses plaisirs. Et il y est beaucoup question de désir, de l’obsession de l’amour, dans une société qui proclame qu’« au bout de quinze jours un homme quitte le lit pour la table puis pour le café du village ».
LA PONCIA : Il faisait très noir. Je l'ai vu s'approcher et, une fois là, il m'a dit : "Bonne nuit." "Bonne nuit", je lui ai répondu. Et nous voilà muets tous les deux une bonne demi-heure. La sueur me coulait dans le dos. Alors Evaristo s'est approché, approché, comme s'il voulait rentrer dans la grille et il m'a dit tout bas : "Viens que je te tâte."
C’est d’ailleurs l’amour qui fait basculer la pièce dans la tragédie. Les dernières paroles de Bernarda, « silence » scelle une chape de plomb sur la dernière scène. La pièce dénonce le terrifiant immobilisme de la société de l’époque. Garcia Lorca sera exécuté deux mois plus tard.
Une très belle découverte.



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