Straight, de Guillaume Poix
- Gaëlle Cabau
- 4 avr. 2023
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juil. 2023

J'ai découvert Guillaume Poix il y a deux ans avec une courte pièce, super à travailler avec des élèves de collège : Fondre. J'essayerai de vous en parler dans un autre post.
Avec Straight, on est dans autre chose. Un coup de poing dans le bide. Une pièce qui prend pour thème la question des viols correctifs en Afrique du Sud. La structure alterne les flash backs et montre en parallèle un groupe d’activistes lesbiennes préparant un happening lors de la coupe du monde de football de 2010, le parcours de vie de chacune d’entre elles et le procès d’un des violeurs.
EUDY : Je suis traquée.
Après notre bain tu es partie devant moi, Kayla, et je ne distingue plus ta silhouette dans l'ébène qui s'est abattue sur nous comme la serpe sur un sorgho trop mûr.
L'eau avait pris les teintes de la nuit naissante et cette matière étale et brillante nous recouvrait comme un linceul.
À présent, je te cherche, je te poursuis. Tu vas trop vite Kayla, il faut que tu m'attendes."
Avec beaucoup de justesse, sans manichéisme, Guillaume Poix ose le théâtre documenté(ou taire), sans pour autant instrumentaliser les victimes dont il reprend les histoires. En ajoutant un chœur de femmes, il donne à leur trajectoire une portée politique universelle.
Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce texte c'est qu’il y ait des moments de bascule laissant entendre la parole des monstres. Et que cette langue crue et terrible trouve un contrepoint dans un langage parfois plus poétique.
ZUKO : Une femme n'a pas à refuser les sollicitations d'un homme.
KOMATI : Et pourquoi cela ?
ZUKO : Parce que c'est son devoir de les accepter.
KOMATI : Et vous, monsieur Zuko, quel est votre devoir dans la société ?
ZUKO : M'assurer que cette règle est appliquée.
KOMATI : Quelle règle ?
ZUKO : La règle qui dit qu'une femme obéit à un homme, qu'une femme couche avec un homme, qu'une femme est une femme pour toutes ces raisons.
KOMATI : En somme, monsieur Zuko, il faut vous remercier de violer et d'assassiner d'innocentes jeunes femmes car vous protégez ainsi notre société et en préserver l'ordre. Mais nous avons affaire à un idéaliste ! À un justicier !
Certains trouveront qu'il y a peut-être quelque chose de répétitif dans le montage de la pièce, mais c’est sans doute pour dénoncer l’horreur et la violence qui se nouent toujours de la même façon.



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